Speaker : à qui offrir des livres à la fin de ma conférence ?

19 septembre 2017 speaker, conference

Depuis que j’ai coécrit le livre « PHP 7 avancé », j’en ai plusieurs fois offert à des membres du public, à la fin de conférences. Sur d’autres évènements1, les organisateurs demandent au speaker de choisir à qui donner les quelques livres qu’ils ont à distribuer.

La première fois, j’ai fait comme tout le monde : j’ai donné les deux ou trois livres que j’avais aux personnes qui avaient posé les meilleures questions. Ainsi, un exemplaire est allé à Thomas qui a commencé sa question par « je suis l’auteur d’un des articles de blog dont vous avez parlé pendant la conf »2.


Mais, après coup, j’ai réalisé que d’autres personnes dans la salle auraient pu apprendre plus que lui de notre livre. Par la suite, je me suis souvenu de ce que j’ai écrit dans mon article « la séance de questions / réponses » :

Parler en public est difficile et n’est pas naturel. Poser une question, c’est prendre la parole devant plusieurs dizaines ou centaines de personnes. Ceux qui ont des questions intéressantes n’osent donc souvent pas les poser.

Les fois suivantes, je n’ai pas donné de livre en fonction des questions.

À la place, j’ai choisi deux autres approches :

  • À l’entrée de la salle, j’ai donné un numéro à chaque visiteur3. À la fin de ma présentation, j’ai tiré au sort un de ces numéros et j’ai donné un livre à la personne correspondant.
  • Pour les livres suivants, j’ai demandé aux étudiants présents dans la salle de lever la main et j’ai donné un livre à chaque groupe de mains levées, considérant que chaque groupe devait venir d’une école différente4.

La première approche a plusieurs avantages : distribution aléatoire (pas de risque de choisir quelqu’un que je connais), un peu de côté fun du tirage au sort, pas de discrimination. J’ai à chaque fois précisé que je souhaitais que mon livre serve et soit lu et qu’il ne fallait pas hésiter à le partager avec des collègues au bureau. Mais cette approche ne garantit pas que le livre parte à quelqu’un qui apprendra des choses5.

La seconde approche est carrément discriminante : je sélectionne un sous-ensemble précis du public (les étudiants) et je retiens ensuite une personne (je n’y ai pas réellement réfléchi, mais je pense que je choisis quelqu’un qui croise mon regard). Mais j’assume mon choix : je suis le speaker, j’ai le droit6 de choisir à qui je donne le livre qui m’a été confié. Encore plus quand j’en suis coauteur.


Alors, si vous êtes bientôt conférencière ou conférencier, vient le moment de m’excuser, parce que je vais vous demander encore une chose de plus…

Si vous distribuez des livres à la fin de votre conférence, pensez à qui ils apporteront le plus, demandez-vous à qui vous allez les donner ;-)


Je participe occasionnellement à des conférences. Cet article fait partie d’une série où je partage mon expérience de speaker, en espérant que ces retours et/ou conseils vous aideront à vous lancer !



  1. J’ai déjà vu cela au Forum PHP et au PHP Tour organisés par l’AFUP : il est fréquent que des éditeurs donnent quelques exemplaires pour le public, cela fait de la publicité. 

  2. Son article à propos de la migration vers PHP 7 de Dailymotion était très intéressant et nous avons longuement discuté ensuite. 

  3. Je l’ai déjà dit : les orgas sont vos amis ! Une fois, les orgas avaient imprimé des badges pour chacun et je leur ai demandé de m’aider à écrire des numéros derrière. Une autre fois, ils ont accepté de tenir un registre à l’entrée de la salle, en inscrivant le nom de chaque personne qui entrait en face de son numéro d’ordre. 

  4. En discutant avec plusieurs étudiants lors de l’apéro qui a suivi cette conférence, ils me l’ont confirmé. 

  5. Si Julien, Cyril et moi avons passé un an à bosser sur un livre, c’est pour que nos lecteurs apprennent quelque chose ! Et un livre de presque 700 pages demande un peu de temps pour se plonger dans sa lecture ;-) 

  6. J’ai le droit… Ou je le prends. Encourager des étudiants me semble être bien. Et en généralisant outrageusement à partir de mon expérience, je me dis qu’un étudiant ou une étudiante a moins de moyens pour s’acheter un livre que quelqu’un qui bosse et qui pourrait en plus se le faire payer par son entreprise ! 

Arrêtez de me demander ma date de naissance !

12 septembre 2017 humeur

Pour mon plus grand (dé)plaisir, je reçois régulièrement des mails qui me souhaitent « Bon Anniversaire ! ». En réalité, je suis content quand on pense à moi, hein ! Sauf que ces mails arrivent n’importe quand dans l’année. J’en reçois plus en 364 jours que le jour de mon anniversaire !

Une fois la surprise passée, je regarde l’expéditeur : un site Internet quelconque1. Sur lequel j’ai un jour créé un compte2. Où j’ai dû saisir une date de naissance pendant le processus d’inscription.


Sauf rares exceptions3, si un formulaire d’inscription me force à saisir une date de naissance, je vais juste saisir n’importe quoi. Le premier triplet jour/mois/année proposé par les listes déroulantes. Ou un coup de molette et un clic au hasard. Ou les touches qui seront sous ma main tombant sur le pavé numérique.

Pourquoi est-ce que votre site aurait besoin de connaitre ma date de naissance ? Sérieusement ? Qu’est-ce que vous fournir ma date de naissance va m’apporter à moi ?

Vous allez m’envoyer des mails non sollicités ce jour-là, je n’en aurai que faire et je perdrai du temps à les classer en spam — jusqu’à ce que vous soyez automatiquement reconnu comme tel systématiquement. Et je n’achèterai pas plus que sans ce mail inutile. Au contraire.

Ou alors, vous souhaitez vous assurer que je suis bien majeur. Je vais juste choisir une année en haut ou en bas de la liste déroulante correspondante et voilà, problème réglé. Ou alors, lassé d’avoir des abandons dans votre tunnel d’achat, vous n’aurez mis dans cette liste que des années garantissant que tout inscrit donne l’impression d’être majeur. De toute façon, si quelqu’un veut utiliser votre site, il le fera : c’est comme vos CGV, personne ne les lit, soyons honnêtes…


Quand je râle à ce sujet, on me répond souvent que le champ « date de naissance » est optionnel et que je ne suis pas obligé de le remplir.

Formulaire d’inscription avec une date de naissance "optionnelle"

Je suis devant un écran tous les jours pendant 10 heures ou plus et même si je dois être un peu trop vieux pour être classé dans la case « digital native »… Si je ne réalise pas qu’un champ de formulaire est optionnel, je ne suis certainement pas le seul ! Mais c’est peut-être fait exprès ?


Bon, ça s’applique aussi pour d’autres informations. Très souvent, je doute que le site sur lequel je m’inscris ait besoin de connaitre ma civilité, mon nom et mon prénom. Et je m’appelle donc Aaaa4 sur plus de sites que je ne saurais compter.

Ou alors le numéro de téléphone. Je donne aussi rarement que possible mon numéro de téléphone, puisqu’il permet de me déranger de manière fort intrusive5.

Formulaire d’inscription avec un numéro de téléphone "optionnelle"

Par contre, 0123456789, ça se tape très bien et c’est un numéro bien formé et quasiment toujours accepté par les validations de formulaire…

Voire même l’adresse postale. Alors qu’elle essayait d’acheter un bien numérique, une étape du tunnel de commande demande à ma maman de saisir son adresse postale. Elle s’est arrêtée et m’a demandé « Mais ils vont m’envoyer quelque chose ? ». Le site lui demandait de saisir son adresse (en tout petit) de facturation. Mais pourquoi ? Aucune facture papier ne lui a été envoyée, hein.


Bref. Arrêtez de me demander de saisir 25 informations dans vos flutain de formulaires ! C’est galère à saisir. Encore plus sur mobile. Au point que je laisse parfois tomber ! Vous perdez des utilisateurs et des ventes. Et je n’ai pas envie de vous donner des informations personnelles dont vous n’avez pas besoin !



  1. Un site sur lequel je souhaitais acheter un produit et où j’ai donc créé un compte. Un média social où j’ai un compte (utilisé ou non). Mais un site légitime où j’ai donc utilisé ma vraie adresse mail (contrairement à ce que je fais sur plein d’autres sites). Ou alors, un site moins sérieux où j’ai commis l’erreur d’utiliser une de mes vraies adresses mail. 

  2. Bien souvent, un vrai compte, que j’ai moi-même volontairement créé. Je ne parle pas ici de spammeurs qui envoient des mails au hasard

  3. Il doit bien y avoir un ou deux formulaires où je saisis ma vraie date de naissance. Parce que j’estime que la donner a un intérêt (réel) pour moi. Encore que, assez souvent, je renseigne le bon jour et mois, mais pas la bonne année ^^. 

  4. Avec plus ou moins de "a" suivant mon degré d’énervement ^^ 

  5. Encore faut-il que mon téléphone soit à proximité et sur sonnerie, c’est-à-dire en gros jamais. Ou alors peut-être la nuit et si vous me réveillez pour une ânerie, je risque de ne pas être d’humeur à vous répondre aimablement ^^ 

Speaker : quel format et quelle durée pour ma conférence ?

7 septembre 2017 speaker, conference

Il se peut que vous ayez à choisir la durée de votre conférence. Peut-être devrez-vous indiquer celle-ci lorsque vous répondrez à un CfP ? Le format de votre intervention dépendra d’ailleurs partiellement de cette durée. J’ai moi-même vu ou pratiqué une demi-douzaine de durées différentes.

Le lightning talk : ~5 minutes

Certains évènements proposent une suite de plusieurs lightning talks, de quelques minutes chacun1. Ils sont souvent utilisés pour clore une journée avec des sujets plus détendus, ou des présentations aux sujets un peu plus éloignés de la ligne éditoriale de l’évènement.

La durée d’un lightning talk est généralement strictement fixée : vous serez coupé une fois celle-ci écoulée, pour laisser place à la personne qui passe après vous. Vous devez donc parfaitement maitriser votre timing !

Si vous souhaitez vous lancer2, trouvez un sujet bien ciblé ou orienté détente, puis répétez encore et encore, en itérant à la fois sur la durée et sur le contenu. Celui-ci doit être suffisamment percutant pour attiser la curiosité du public (et lui donner envie de fouiller par lui-même plus longuement par la suite), tout en demeurant suffisamment accessible pour être compris presque instantanément. Dans la même logique, si vous projetez quelques slides, limitez leur nombre, pour qu’ils restent affichés suffisamment longtemps pour être compris.

La conférence courte : 15-20 minutes

C’est un des deux types de conférences que je vois le plus souvent lors des évènements auxquels j’assiste ou je suis conférencier : entre 15 et 20 minutes, parfois avec un peu de temps pour quelques questions du public.

J’aime beaucoup ce format : il permet de présenter en profondeur un point bien spécifique3, ou, à l’inverse, d’effectuer un large balayage de surface4.

Ce format est souvent choisi par les speakers qui sont sur le point de donner leur première conférence5, puisqu’il semble plus accessible et moins effrayant que d’autres. Deux arguments que j’entends souvent sont « si le sujet n’est pas intéressant, le public m’en voudra moins que si j’avais duré 3/4 d’heure » et « pour une première fois sur scène, 20 minutes, ça me semble plus facile ».

La conférence de 40 minutes à 1 heure

Le format le plus classique est une conférence longue : généralement, entre 40 minutes et une heure.

Sur cette durée, vous pouvez raconter une histoire, partager un retour d’expérience, donner de nombreux détails et présenter plusieurs points en profondeur, voire même reproduire quelques exemples de code.

Au rang des difficultés qui viennent avec ce type de conférence, il faut veiller à ne pas parler trop vite pour ne pas durer moins longtemps que prévu6 et, surtout, il ne faut pas endormir le public ! Être deux intervenantes ou intervenants et se passer régulièrement la parole est une approche qui fonctionne souvent assez bien sur ce point.

Cette durée permet de rentrer en profondeur dans votre sujet. Vous pourrez présenter une problématique puis détailler les solutions mises en œuvre. Pour peu que le sujet intéresse le public, il devrait apprendre des choses ;-)

Le format long : une heure et demie

Il est très rare de voir des conférences plus longues. Le public n’a quasiment aucune chance de rester concentré pendant plus de 45 minutes sur un sujet. Les organisateurs ne peuvent caser que peu d’interventions aussi longues sur une journée. Et si une intervention d’une heure et demie est endormante, c’est compliqué pour le public ^^.

En fait, les seules fois où j’ai vu ou donné des conférences de ce type, c’était sur des évènements gratuits, en soirée, quand les organisateurs avaient fait venir une conférencière de loin et avaient donc dû trouver un financement pour le déplacement et l’hébergement7. Dans ces circonstances, il faut rentabiliser.

Sur une présentation aussi longue, une approche qui peut marcher est de placer quelques petits travaux pratiques ici et là, pour les personnes dans le public qui ont pris leur ordinateur. Une autre idée est de ne pas donner une seule longue conférence, mais plusieurs plus petites qui se succèdent, sur des sujets proches et liés, mais toutefois différents. Un peu d’humour de temps en temps, ainsi que des questions posées au public ici et là, aident à garder la salle éveillée.

Parler pendant une heure et demie est fatiguant et difficile lorsqu’on n’a pas l’habitude — et ce n’est pas ce qu’on fait tous les jours au bureau. C’est un exercice intéressant, mais je le déconseille à quelqu’un qui n’aurait pas déjà donné quelques conférences auparavant ;-)

L’atelier : une demi-journée

En parallèle des conférences ou lors d’autres évènements, vous aurez peut-être l’option d’animer un atelier. En général, une dizaine de personnes, dans une salle de taille plus réduite, pour une demi-journée ou une soirée. C’est l’occasion d’échanger plus longuement avec les participants8, d’étudier un sujet plus en profondeur et de mettre en application le savoir plus théorique qui a peut-être été présenté lors d’une autre conférence.

Chaque participant vient avec sa machine et il vous faudra voir (le plus tôt le mieux) avec les organisateurs si vous avez besoin d’une connexion Internet, d’un switch réseau ou d’un second projecteur, de rallonges électriques… Anticipez au maximum l’installation des machines de chacun9 pour perdre le moins de temps possible au début de l’atelier. Prévoyez également quelques solutions de repli : serveur sur votre machine si la connexion Internet est défaillante, connexion 3G de secours, clés USB avec les différents logiciels requis…

Pour un atelier, j’aime travailler avec des slots de 25 à 30 minutes. Chacun de ces slots commence par quelques minutes de théorie, puis l’énoncé d’un exercice pratique, avant de passer à la réalisation de celui-ci10 et enfin, une proposition de correction11. Il est important de faire des vraies pauses (où chacun quitte physiquement sa machine) et d’avoir le corrigé de chaque slot disponible (par exemple, sur github) pour permettre à ceux qui ne réussiraient pas un exercice de repartir du corrigé pour le suivant. Enfin, pensez que le niveau des participants peut être très variable et simplifiez donc à l’extrême12 tout ce qui ne constitue pas le cœur de chaque exercice.

Enfin, une note pour les organisateurs : les places (en nombre limité) partent souvent très vite, mais elles sont souvent prises par les mêmes personnes13, qui ne sont pas toujours celles qui apprendront le plus lors de l’atelier. Est-ce que réserver deux places à des étudiants, en communiquant auprès d’une école d’informatique locale, ne serait pas intéressant ? Cela aiderait à attirer du nouveau public, à partager le savoir et à intégrer des futurs professionnels de nos métiers à la communauté…

La formation : plusieurs jours

Pour terminer : c’est un peu différent de la conférence et je n’en parle donc pas plus longuement, mais c’est assez similaire à l’atelier, avec un mélange de théorie et de pratique. J’ajouterais que donner une formation est très intéressant, puisque cela permet d’échanger, longuement, avec chaque participant.

Si vous avez déjà animé un atelier et que vous avez aimé, il y a de bonnes chances que donner une formation vous plaise également — et inversement !


Bref, au moment de répondre à un CfP, vous avez le choix entre plusieurs formats et durées. Avez-vous envie d’entrer en détail dans un sujet ? De raconter une histoire plus longue ? Ou souhaitez-vous plus de pratique et d’échanges ? À vous de choisir ;-)


Je participe occasionnellement à des conférences. Cet article fait partie d’une série où je partage mon expérience de speaker, en espérant que ces retours et/ou conseils vous aideront à vous lancer !



  1. J’ai souvent vu des LT de 5 minutes. Je crois me rappeler d’un évènement où chaque présentation durait 7 minutes. 

  2. Je n’ai jusqu’à présent (septembre 2017) jamais moi-même présenté de lightning talk : le format m’effraie quelque peu, d’autant qu’il me faut habituellement quelques minutes sur scène avant de me détendre ^^. 

  3. Comme exemples de conférences courtes ciblées sur des sujets techniques bien spécifiques, je pense à « Les flux : méconnus et sous-utilisés, Forum PHP Paris, 23 novembre 2015 » ainsi qu’à « Sysdig : une introduction, AFUP Lyon, 21 septembre 2016 »

  4. Pour une conférence courte en mode balayage d’un sujet, je pense à « Le café, cette drogue qui propulse nos métiers, AFUP Lyon, 22 juin 2016 », où j’ai successivement parlé de l’origine du café, de ses effets sur le cerveau et fait un retour d’expérience. 

  5. A l’AFUP Lyon, nous organisons une ou deux fois par an une soirée composée de 4 ou 5 conférences courtes. Nous en profitons généralement pour encourager des personnes qui n’ont jamais donné de conférence et voudraient se lancer. Bien sûr, nous proposons du mentoring pour celles et ceux qui le souhaitent ;-) 

  6. Encore une fois : répétez ! C’est à peu près la solution aux problèmes de timing ;-) 

  7. Comme exemples de conférences longues, j’ai été parler de « PHP 7 et évolution de PHP » à Nantes en 2015 et de « PHP 7.x en général » à Aix/Marseille puis Montpellier en 2017 — alors que je suis basé à Lyon. À chaque fois, j’ai posé des congés pour avoir le temps de faire le déplacement et les organisateurs ont dû payer le train et éventuellement l’hôtel… 

  8. Je ne parle pas de public, pour un atelier, mais de participants : avec une dizaine de personnes, les échanges vont dans les deux sens, chacun discute avec son voisin, vous pouvez plus facilement répondre aux questions ou passer voir une section de code problématique sur une machine donnée. 

  9. Une bonne approche est de fournir aux participants une machine virtuelle toute prête ou des instructions d’installation — et ce plusieurs jours à l’avance. 

  10. La réalisation de l’exercice constitue le gros de la durée de chaque slot. Je passe auprès de chaque participant régulièrement et donne des conseils à haute voix de temps, en temps en fonction de l’avancement de chacun et des difficultés rencontrées. 

  11. J’ai tendance à live-coder ma proposition de solution en commentant ce que je fais. J’explique ainsi comment j’arrive à celle-ci : c’est plus intéressant que si je la sors d’un chapeau ! 

  12. Par exemple, si le sujet de votre atelier est « coder un Hello World en PHP », ne présupposez pas que les participants maitriseront git (ni auront un compte github) et docker, ou qu’ils auront la dernière version de PHP installée sur leur machine. Je vous garanti que ça ne sera pas le cas ! 

  13. Les habitués qui vous suivent sur Twitter et sont les premiers à voir votre annonce ;-) 

Speaker : le plan et le contenu

5 septembre 2017 speaker, conference

Vous avez rédigé une proposition de sujet, longue de quelques phrases. Celui-ci a été retenu par les organisateurs. Félicitations ! Vous avez maintenant beaucoup de travail à fournir avant d’avoir une conférence qui puisse être présentée devant son public !

Aujourd’hui, donc quelques mots sur le cœur de votre conférence : son plan, son contenu. Les grandes lignes sont fixées depuis l’instant où vous avez répondu au CfP… Mais tout reste à faire !

Bien avant de penser à comment vos slides vont rendre1, il est temps de réfléchir à votre plan. Où plutôt : de quoi allez-vous parler, précisément et dans quel ordre ?


Idéalement, lors de votre présentation, vous allez raconter une histoire2. C’est une bonne approche pour aider votre public à plonger dans votre sujet.

Dit plus simplement, vous aurez une progression dans votre présentation : une brève introduction, puis un moment pour expliquer où est-ce que les choses en étaient, ce qui allait ou non, avant de poursuivre sur ce qui a été fait pour arranger ça, à quoi vous êtes arrivé. Et vous finirez en indiquant que tout le monde est content, mais qu’il reste bien sûr des pistes d’amélioration.

J’ai volontairement schématisé à l’extrême, mais c’est presque ça ! Quelques exemples3, principalement sur des sujets techniques pour montrer que c’est possible4 :

  • Les nouveautés de PHP 5.6

    • Un rappel de ce qui est arrivé depuis PHP 5 (notamment les espaces de noms en 5.3 ou les générateurs en 5.5) : presque l’antiquité
    • Les nouveautés de PHP 5.6 plus en détail, avec leur utilité
    • Comment monter de version ?
  • À propos de notre environnement de développement (première édition)

    • Des machines virtuelles 100 % faites à la main, l’horreur
    • Passage à Vagrant avec des VM reconstructibles et automatisées
    • On commence à regarder Docker
  • À propos de notre environnement de développement (seconde édition)

    • Des VM à la main puis Vagrant, ça restait galère
    • Tout en Docker, avec un registre privé et tout !
    • On gère les dépendances entre containers nous-mêmes, on a donc encore du boulot pour que ce soit parfait
  • Où même sur le café et comment il agit sur le cerveau

    • Pourquoi je fais cette conf ? Le café, ça vient d’où, ça se produit comment ?
    • Quel effet sur le cerveau ? J’ai arrêté : un retour d’expérience.
    • Mais bon, j’ai rechuté ^^

Sur chacun de ces plans, j’ai à peu près suivi un déroulement logique, en racontant une histoire : d’où je venais, quelle progression j’avais suivie, où j’en étais arrivé et quel chemin je voyais encore devant moi. J’ai plaisir à croire que cela a rendu les conférences plus faciles à suivre, le public ayant des points d’ancrage auxquels se rattacher et une évolution et continuité entre ceux-ci.


Vous l’avez peut-être vu : j’aime bien une approche en trois parties. Un peu grossièrement5 et sans toujours m’en rendre compte, je cible souvent ce découpage :

  • Introduction = 1/8ème du temps
  • 1ère partie : le commencement, ce qui allait ou non = 1/4 du temps
  • 2nde partie : une première solution, “mais” = 1/4 du temps
  • 3ème partie : une autre approche, salvatrice = 1/4 du temps
  • Conclusion = 1/8ème du temps

Sur un sujet très technique, comme « les nouveautés de PHP 7.0 », c’est plus difficile… Et la seconde partie peut être nettement plus grosse que les deux autres, proportionnellement à son importance. Je la sous-découperai souvent en quelques gros blocs, comme « le typage », « la gestion d’erreurs », « les opérateurs », et enfin « le reste ». Regrouper les informations similaires mène à une présentation plus logique dans l’esprit du public et peut faciliter des transitions ou rappels en arrière façon « souvenez vous de ce qu’on a dit tout à l’heure ».


Une fois les grosses parties identifiées, j’aime laisser du temps à mon cerveau pour qu’il y réfléchisse en arrière-plan, sur quelques jours. Les moments sans rien à faire, où vous n’êtes pas déjà activement en train de réfléchir à quelque chose, sont assez merveilleux pour ce genre de réflexion6 ! Par exemple : sous la douche, sur le trajet qui mène au bureau7, juste avant de vous endormir…

Une fois que vous commencez à avoir quelques idées à l’esprit, c’est le moment de travailler à un plan un peu plus détaillé. Vous répartirez alors ces idées dans chaque section. Peut-être même, vous commencerez à les mettre dans l’ordre de votre présentation.

Au bout de quelques itérations, vous devriez avoir une bonne vue du contenu de votre conférence. Assez pour commencer à le partager avec une personne de confiance qui pourrait vous faire quelques retours, même !


Pour ma part, je déduis facilement les grandes parties de mon plan du sujet de ma présentation — peut-être parce que, lorsque j’ai rédigé ma proposition de conférence, j’ai déjà réfléchi à ses grandes sections.

Je note, dans un document texte8, un premier jet de titre pour chacune de ces sections. Et c’est tout !

Sur les jours ou semaines qui suivent, je repasse régulièrement sur ce document pour ajouter des notes : des idées pour chaque section, peut-être un plan plus détaillé avec des sous-sections, des idées de transitions, des informations plus précises trouvées dans un article ou un livre, des brouillons de schémas ou d’illustrations…

Quand je commence à avoir un plan qui me semble raisonnable et assez d’idées de contenus pour présenter mon sujet avec le niveau de détails que je souhaite (en prenant en compte la durée de ma conférence), il est temps de créer un premier jet pour mes slides. Ils seront moches, ne contiendront pas d’illustration, mais me serviront de support pour une première répétition orale.

Chaque répétition est l’occasion de voir si les idées s’enchainent bien, si les sections sont de la bonne durée, si des illustrations supplémentaires aideraient, si du texte doit être ajouté ou supprimé sur les slides. Bref, j’itère régulièrement, pendant plusieurs jours (ou semaines !).

Enfin, une à deux semaines avant la conférence, j’arrête de retoucher le plan, je ne change plus l’ordre de quoi que ce soit. Tout ce que j’accepte de faire, c’est répéter et retoucher des détails.


Je participe occasionnellement à des conférences. Cet article fait partie d’une série où je partage mon expérience de speaker, en espérant que ces retours et/ou conseils vous aideront à vous lancer !



  1. Même si vous pouvez choisir de représenter votre plan sous forme de slides pour mieux le visualiser, d’autres approches sont tout aussi efficaces : post-its, dessins sur un tableau blanc, plan sous forme de titres dans un document markdown… En fait, utiliser des slides est peut-être la plus mauvaise approche possible ! En effet, vous voudrez conserver une partie de ceux-ci jusqu’au bout, alors que vous avez largement le temps de tous les jeter à la poubelle une ou deux fois… Et ne devriez pas avoir peur de le faire ! 

  2. Bon, j’admets : raconter une histoire, ce n’est pas toujours évident, surtout pour des sujets très techniques… Mais pourtant ;-) 

  3. Exemples quasi-réels, puisqu’ils correspondent à des sujets que j’ai abordés lors de plusieurs conférences, même si je ne les ai pas toujours présentés ainsi. 

  4. Et aussi, parce que je donne principalement des conférences autour de sujets techniques ^^. 

  5. À cette étape de l’élaboration d’une conférence, il est normal d’avoir un découpage grossier : il a encore (largement) le temps d’évoluer ! 

  6. Avoir de quoi noter pas loin est intéressant, pour mettre sur papier les bonnes idées avant de les oublier ! 

  7. Surtout si vous êtes à pied ou en transports en commun et que vous faites exactement le même trajet tous les matins : au bout d’un moment, votre cerveau le fera automatiquement et sera alors libre pour réfléchir à autre chose. Si vous êtes en voiture, certes, ce n’est peut-être pas tout à fait pareil. ;-) 

  8. J’utilise souvent le format markdown, qui permet d’avoir un peu de mise en page pour ces notes, sans non plus qu’elle soit source de distractions. 

Speaker : après la conférence

15 mai 2017 speaker, conference

Félicitations !

Vous venez de parler pendant plusieurs dizaines de minutes, seul ou seule sur scène, devant plusieurs dizaines ou centaines de personnes. Vous avez réalisé un exercice difficile, vous avez partagé votre connaissance ou un retour d’expérience, ce n’était pas facile mais vous l’avez fait. Je me répête : félicitations ! Et merci ! Et pensez à profiter !


Votre travail en tant que conférencière ou conférencier n’est pas terminé pour autant. Après votre conférence, soyez disponible, ne vous réfugiez pas dans la salle réservée aux speakers.

Vous avez présenté votre point de vue pendant votre conférence. Même si vous avez proposé au public de poser des questions, peu de personnes osent se lancer alors que le reste de l’assemblée écoute. Mais plusieurs voudront peut-être discuter avec vous. Pour vous poser des questions en privé, pour avoir plus de détails sur un point que vous avez abordé, pour avoir votre avis sur une problématique similaire…

Les organisateurs souhaiteront aussi échanger avec vous. Ils vous demanderont de partager vos slides, de répondre à une interview, de leur faire un retour sur la gestion de la salle ou la température sur scène. Certains vous feront également passer des messages ou des demandes de contact.

Bref, restez visible après votre présentation, par exemple en vous positionnant à proximité d’un des espaces café ;-). Vous pouvez même annoncer, à la fin de votre conférence, que si des gens souhaitent vous parler, ils pourront vous trouver à cet endroit pendant les pauses.


Certains speakers, en particulier sur leurs premières interventions, vont commencer à douter alors que leur présentation vient à peine de se terminer. Je pense à des questions de ce type :

  • « J’ai parlé trop vite et j’ai fini 3 minutes trop tôt » — et bien, cela a fait quelques minutes de plus pour répondre à des questions, ou pour prendre un café avant la conférence suivante.
  • « J’ai oublié de dire un truc » — le public ne s’en est pas rendu compte : vous étiez le seul à savoir ce que vous aviez prévu de dire.

Avec l’expérience, vous deviendrez meilleur juge de la qualité de votre conférence. Mais pour les premières, vous n’êtes probablement pas le mieux placé pour déterminer comment elle a été perçue.

Sollicitez le public. Pendant que vous discutez sur la suite de l’évènement, posez des questions aux personnes que vous croisez. N’attaquez pas avec un « j’ai été mauvais c’est la fin du monde » qui est légèrement brutal (et souvent faux), mais plutôt en leur demandant si elles ont appris quelque chose1, si elles ont des conseils à vous donner2, sur le fond ou sur la forme.

Certains évènements formalisent un mécanisme de retours de la part du public. Des commentaires sont aussi publiés sur Twitter ou des blogs. Dans tous les cas, ne vous torturez pas l’esprit avec les petites choses qu’ont pas été ! Mais exploitez ces retours pour améliorer votre prochaine conférence ;-).


Voici quelques exemples de retours qu’on m’a déjà fait, un peu brutaux mais qui étaient constructifs et m’ont aidé à progresser :

  • « Tu as parlé beaucoup trop vite, tu as fait une conf de 40 minutes en 20 minutes, tu as assommé le public ». Bon, c’était ma première, j’étais stressé comme pas permis devant un amphi de plusieurs centaines de personnes, je n’avais jamais répêté à haute voix. J’ai veillé, sur les conférences suivantes, à préparer nettement plus et ça s’est bien mieux passé.
  • « Tes exemples de code sont longs et les slides pas affichés longtemps ». Je tâche désormais d’avoir des exemples plus courts (je peux ainsi utiliser une taille de caractères plus grande), ou de les afficher plus longtemps. Quitte à en avoir un ou deux de moins pour compenser.

Ne pas avoir fait une conférence parfaite, c’est tout sauf une raison pour abandonner. Au contraire, c’est comme ça qu’on progresse ! Par contre, jouez aussi votre rôle et apprenez d’une fois sur l’autre ;-). À l’inverse, avoir de très bons retours ne fait pas de vous un conférencier parfait non plus, sachez rester humble.


Vous avez donné votre conférence devant quelques dizaines ou quelques centaines de personnes. Mais il serait dommage que tout le travail que vous avez fourni (souvent plusieurs dizaines d’heures !) ne bénéficie pas à plus de monde !

Prévoyez donc de publier vos slides, quelques heures ou quelques jours après votre conférence. Les organisateurs vous demanderont même parfois explicitement de le faire. Toutefois, si vous avez choisi de travailler avec des slides minimalistes, il est probable que ceux-ci, seuls, ne soient pas très intéressants à lire. De belles images et quelques mots, c’est rarement assez pour remplacer votre discours !

Pour répondre à ce problème sans pour autant alourdir les slides que j’utilise comme support lors de ma conférence, j’ai tendance à écrire, sous forme de notes du présentateur, les informations que j’ai données à l’oral. J’insère également un slide au début de la version distribuée, pour indiquer comment accéder à ces notes. Rédiger ces notes du présentateur peut prendre un peu de temps, mais l’investissement vaut le coup pour les lecteurs3 !

→ Voici un exemple de slides avec notes du présentateur.

Si le sujet s’y prête, vous pouvez également choisir de rédiger un transcript de votre conférence. Typiquement, cela se traduit sous la forme d’un article reprenant chaque slide, accompagné d’un texte correspondant à votre discours.

→ Voici un exemple de transcript d’une de mes conférences.

Si vos slides ou votre transcript sont sur un projet open source, n’hésitez pas à indiquer si vous acceptez des pull-requests ;-)

Enfin : certaines conférences sont filmées et votre message peut ainsi être transmis par ce biais à un public plus large que vous ne le pensiez ! D’ailleurs, je vous encourage à regarder des vidéos de vos conférences4, vous y détecterez plein de petites choses à améliorer, comme des mots qui reviennent toutes les deux minutes, des « heeeeuu » désagréables…


J’aimerais dire que, enfin, ça y est, c’est terminé. Mais, en fait, non. Il reste encore plusieurs choses à faire, qui vont s’étaler sur plusieurs jours ou même plusieurs mois.

Tout d’abord, vous allez participer à des discussions autour du sujet de votre conférence. Certains vous en parleront sur Twitter, d’autres vous contacteront par mail avec des questions complémentaires. Autant que possible, si vous pouvez consacrer un peu de temps à répondre à ces questions ou à participer à ces conversations, c’est autant de bonnes expériences5.

Ses organisateurs d’autres évènements vous demanderont peut-être de venir redonner votre conférence6 ? Tirez profit des conseils et retours que vous n’aurez pas manqué de noter, pour améliorer votre conférence et l’enrichir. Donner plusieurs fois la même conférence est fort intéressant, pour deux raisons : elle est souvent meilleure la seconde fois et la présenter plusieurs fois permet de mieux rentabiliser le temps passé à la préparer.

Enfin, maintenant que vous savez que vous avez une conférence intéressante, proposez-là à d’autres évènements, en répondant à leurs CFPs ;-)


Pour résumer, après une conférence :

  • Félicitations !
  • Sollicitez des retours et des conseils.
  • Diffusez vos slides après les avoir enrichis. Rédigez un transcript.
  • Redonnez votre conférence !

Et, oui, vous serez fatigué ! Vous allez bien dormir, dans le train qui vous ramènera chez vous, content d’avoir partagé votre savoir et d’avoir permis à votre public d’apprendre !


Je participe occasionnellement à des conférences. Cet article fait partie d’une série où je partage mon expérience de speaker, en espérant que ces retours et/ou conseils vous aideront à vous lancer !



  1. Que le public reparte en ayant appris quelque chose est un de mes principaux objectifs ! 

  2. Vous aurez encore plus de chance d’obtenir des retours / conseils si vous discutez avec quelqu’un qui a déjà donné une présentation. En effet, cette personne sait à quel point avoir des retours est difficile. Et important. 

  3. Je n’utilise que rarement les notes du présentateur pendant mes présentations, mais si vous choisissez de les utiliser, vous les aurez même rédigées avant votre conférence ;-) 

  4. Oui, je sais, se regarder en vidéo est difficile. Et c’est horrible tellement on voit de problèmes. Mais c’est en identifiant ces problèmes qu’on progresse ! 

  5. Je ne suis pas très bon là-dessus, j’ai un retard assez effrayant dans ma pile de mails auxquels répondre… Si vous êtes dans cette liste, toutes mes excuses ;-( 

  6. Par exemple, les organisateurs de l’antenne lyonnaise de l’AFUP contactent régulièrement des speakers locaux qui vont donner une conférence nationale, en leur proposant de venir la donner à Lyon une première fois. C’est gagnant-gagnant : cela permet au speaker de répéter une fois devant un vrai public et cela permet au public local d’assister à des conférences sans avoir à voyager. D’autres fois, ils vont proposer à des speakers locaux de redonner une conférence déjà donnée lors d’un évènement national