Introverti : en conférence, la meilleure place, c’est celle du speaker
6 janvier 2026 —Vous m’avez vu en conférence. Vous me dites parfois que je suis super à l’aise en public, que j’avais l’air très confortable sur scène et que ma présentation était très bien donnée1 — que je ne peux donc pas être introverti.
Mais le brouhaha et les foules m’épuisent, aller vers des gens pour lancer une conversation ne m’est pas naturel, et discuter en groupe me prend beaucoup d’énergie2. Bref, je suis plutôt introverti.
Si vous êtes surpris que je monte sur scène malgré cela, voila ce que je pense : pour une personne un peu introvertie, la meilleure place est celle du speaker !
En effet :
- Speaker, je suis seul sur scène : je n’échange pas avec des individus mais j’interagis avec le public, un ensemble un peu flou3.
- J’ai préparé mon discours en avance4 : je n’improvise que peu et la plupart de mes propos résultent d’années d’expériences ou d’heures de recherches et de réflexions.
- Enfin, je ne fais pas de questions/réponses à la fin de mon talk.
Aussi, un côté fantastique d’être speaker : après mon intervention, ce n’est pas moi qui entame des discussions. Au contraire, vous étiez dans le public et c’est vous qui venez me voir5. C’est vous qui démarrez nos conversations, et elles portent souvent sur un sujet que je connais bien6.
Beaucoup de conférences organisent un diner ou une rencontre dédiée au staff et speakers. Être speaker est donc parfait pour rencontrer et discuter avec d’autres speakers en plus petit commité, dans un environnement où nous sommes tous et toutes dans le même bateau7.
Au passage : beaucoup de conférences proposent une salle dédiée aux speakers. Ils et elles y trouvent de l’isolation et du calme, que ce soit pour revoir leur talk une dernière fois ou pour profiter d’une pause loin du bruit et de l’agitation des espaces communs. J’utilise rarement cette salle speakers, mais je sais que d’autres l’apprécient.
Donc, à celles et ceux, à vous peut-être, qui pensent qu’un ou une conférencière est extravertie parce qu’elle monte sur scène devant des centaines de paires d’yeux : vous vous trompez peut-être.
Et à celles et ceux, à vous peut-être, qui pensent que vous ne pourrez jamais monter sur scène parce que vous êtes introverti(e) : vous vous trompez, j’en suis certain ;-)
Illustration par Jaime Lopes sur Unsplash
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Notamment: je me déplace parfois sur scène, je varie l’intonation ou le volume sonore de ma voix, je parle plus ou moins vite selon les moments, ou mes transitions sont fluides. ↩︎
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J’ai un peu de mal à différencier les propos de chaque personne quand plusieurs parlent en même temps, et peut-être que j’entends un peu mal ? Pendant le COVID, j’ai réalisé, en ne pouvant plus le faire à cause des masques, que j’ai l’habitude de m’aider des lèvres pour comprendre ce que disent mes interlocuteurs. ↩︎
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Le public est doublement flou, d’ailleurs : je n’ai pas une vue excellente, la salle est souvent plongée dans la pénombre, et les projecteurs m’éblouissent et m’empêchent de bien voir les personnes assises en face de moi. ↩︎
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Les variations dans le volume sonore ou l’intonation ou le rythme de parole, c’est le résultat d’années de travail. Je ne donne que quelques talks par an ; ça serait sans doute moins si c’était une activité à plein temps. Les transitions fluides, c’est parce que je les ai répétées, parfois une dizaine de fois. ↩︎
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Il m’arrive de dire explicitement, à la fin d’une conférence, que c’est au public de venir me voir, que c’est à vous de faire le premier pas ;-) ↩︎
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Le sujet de nos conversations, je le connais normalement assez bien : après tout, je viens d’en parler, après des mois de préparation ! Et, avec les années, j’ai appris à admettre que je ne sais pas tout, ça aide aussi. ↩︎
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Autrement dit : nous vivons toutes et tous le même stress que les autres ressentent à l’idée de monter sur scène le lendemain… ↩︎